Maltraitance en Suède des enfants de la DASS

 Maltraitance en Suède des enfants de la DASS

Par Ruby Harrold-Claesson, Avocate

 

 


Ruby Harrold-Claesson est présidente du CNDH.
Cet article a été envoyé à plusieurs journaux français, mais, malheureusement il me semble que La France ne s'intéresse pas aux problèmes d'un pays aussi petit que la Suède.

 

 

 

Le documentaire "Enfance volée", que le programme "Document interne" de la Télévision Suédoise a diffusé le 27 Novembre écoulé, a révélé l'histoire sombre et jusqu'ici cachée des événements survenus aux enfants hébergés dans les établissements gérés par l'État pendant la période d'après-guerre. Le programme a dépeint les conditions de vie de Kent Sänd (1941 - 2005) et de son frère Bengt Sänd hébergés à l'orphélinat Vidkärr à Göteborg et aussi l'orphélinat Skärsbo à Alingsås, où plusieurs centaines de garçons étaient hébergés jusqu'à il y a quelques décennies.

 

Bengt Sänd avait six ans et Kent deux ans quand ils furent pris en charge par les autorités sociales à Göteborg et placés à Vidkärr. Pour pouvoir revoir ses enfants, leur mère était obligée d'accepter la stérilisation.

La maltraitance de Bengt et Kent a commencé dès leur arrivé sur les lieux. On les lavait chaque matin à l'eau froide et deux femmes les frottaient avec une brosse raide. Kent qui ne se subordonnait pas était celui que était le plus maltraité. Une des punitions consistait souvent à isoler l'enfant dans une salle où on l'attachait avec des courroies. Le lendemain on enlevait les courroies, mais l'enfant était obligé de rester dans la salle souvent pendant 14 jours. A l'âge de cinq ans, on avait enfermé Kent Sänd dans un placard à chaussures sous un éscalier. Là il fut obligé de nettoyer 24 paires de chaussures un travail qui demandait six à sept heures.

 

Kent commença à uriner dans son lit et sa punition consistait à l'obliger de s'habiller en fille. Tous les enfants l'ont raillé, et comme ils en été arrivés aux poings, deux femmes l,ont battu pour le punir de se bagarrer.

 

Kent Sänd était le fondateur de l'organisation "Les Enfants adoptifs de la société. Il était un entrepreneur qui avait réussi et il était connu pour son engagement pour les gens opprimés. Il s'est suicidé le 19 Septembre écoulé, trois semaines après les interviews à la télévision.

 

 

Promesse d'une enquête officielle

Après les révélations faites dans le documentaire télévisé sur la maltraitance envers les enfants hébergés dans les établissements gérés par l'État, des milliers de Suédois ont commencé à raconter leur histoire. Ils disent tous qu'ils ont été soumis à des abus physiques et à des traitements cruels dans les orphelinats de l'état et les foyers d'accueil pendant des décennies à partir des années 1950. Il y a une semaine ils ont obtenu d'un ministre du conseil la promesse d'une enquête officielle. Le ministre des services sociaux, Morgan Johansson, a dit qu'il allait créer une commission d'enquête pour étudier les cas de maltraitance survenus entre les années 40 et 80. Pendant cette période, l'ardeur de la Suède pour la technologie sociale était à son comble et a abouti par la prise en charge par l'état des enfants des femmes célibataires ou des personnes pauvres. L'écrivain célébre, Astrid Lindgren, a été obligée de s'enfuir de La Suède au Danemark quand elle se trouva à l'âge de 26 ans enceinte et qu'elle voulut protéger son enfant des "soins de l'état".

 

Le ministre a fait semblant de ne pas comprendre que la maltraitance des enfants dans les établissements gérés par l'État, dans les établissements privés et les foyers d'accueil a lieu même aujourd'hui. Une visite sur le site du Comité Nordique des Droits de l'Homme - NKMR/CNDH - Pour la protection des droits de la famille dans les pays Nordiques (www.nkmr.org) montrera la triste réalité. Le CNDH a adressé un communiqué au ministre Morgan Johansson lui démontrant qu'une enquête sur la maltraitance des enfants n'aura aucune valeur si elle ne porte pas sur toute la période de 1940 jusqu'à nos jours.

 

 

Stérilisations - prise en charge des enfants

L'enquête promise par le ministre pourrait amener à des excuses et à des compensations semblables à celles données pendant les années 90 à environ 60 000 femmes qui avaient été stérilisées, la plupart contre leur gré, entre 1936 et 1976 après avoir été considérées comme incapables d'enfanter parce qu'elles étaient handicapées. L'affaire des stérilisations mettait directement en cause les sociaux-démocrates et l'Etat providence. Si l'enquête sur les stérilisations a fait tant de bruit, c'est parce qu'elle s'attaque à l'image que la société suédoise a d'elle-même.

 

L'abrogation de la loi de la stérilisation en 1976 fut suivie par de nouvelles lois en 1980, à savoir la loi des services sociaux, dite SOL, et la loi de 1980 portant dispositions spéciales sur l'assistance aux adolescents, dite LVU. En Suède, à partir de l'année 1980 il y a eu une augmentation dans le secteur des "soins des enfants" et une accélération des cas de prise en charge des enfants par les autorités sociales. Jusqu'à la fin des années 1970 les autorités sociales ont pris en charge des enfants des femmes célibataires et divorcées ; à partir de l'année 1980 est survenue une nouvelle catégorie - les enfants des personnes dites mentalement handicapées. L'arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme à Strasbourg dans l'affaire Olsson v. La Suède (2/1987/125/176) en est la preuve.

 

Indémnisation pour les victimes
Le gouvernement social-démocrate d'aujourd'hui a été réveillé par le documentaire "Enfance volée" à la télévision publique. Mais déjà pendant les années 1990, lors des débats sur la stérilisation, plusieurs juristes suédois y inclus Mme Siv Westerberg, M. Lennart Hane et moi-même, avons fait le lien entre la fin des stérilisations et l'augmentation de la prise en charge des enfants. En Août 1998, l'avocat Lennart Hane a écrit une lettre aux ministres de la Justice et à celui des affaires sociales avec une demande d'indémnisation pour les victimes de la LVU. Cette lettre est publiée en Suédois et en Anglais sur le site du NKMR/CNDH.

Cette nouvelle affaire concernant la maltraitance des enfants qui ont été pris en charge par les autorités sociales suscite de nouvelles interrogations sur les dérapages de l'Etat providence. Les abus allégués incluent des tentatives de viol et de maltraitance comme le fait d'obliger les enfants à garder leur tête sous une eau glaciale.

"J'ai parlé à tant de personnes pendant la semaine dernière qui ont souffert de cette vie d'enfer, qui ont été stigmatisés pendant tellement longtemps parce que personne n'a compris leur problème ou voulu le reconnaître," a dit Birger Hjelm, président de l'organisation "Les Enfants adoptifs de la société". (www.styvbarn.se)

 

"Des femmes et des hommes âgés de 70 ans m'ont appelé en pleurant comme des gosses au téléphone, parlant de ce sujet pour la première fois de leur vie," a-t-il dit.

 

Les témoignages d'abus infligés à des mineurs à la charge de l'état sont très gênants pour un pays mieux connu pour son soi-disant libéralisme social et le respect des droits de l'homme. Le documentaire a incité maints appels à une organisation pour d'anciens enfants adoptifs et aux archives d'état où se trouve la documentation sociale des enfants.

 

Gun-Britt, une femme née en 1953 à Gothemburg d'une mère alcoolique, a été envoyée à l'âge de huit ans dans une maison d'accueil qu'elle assimilé à un "camp de travail." Elle a souffert "une torture physique et psychique" et a connu une tentative de viol par son père adoptif.

 

Kjell, maintenant âgé de 55 ans, raconte que l'on obligeait les enfants "à mettre la tête sous l'eau courante glacée jusqu'à ce que le gardien dise que c'était assez. Je sentais comme si ma tête allait se briser en morceaux," dit-il. Ses camarades de classe sont allés "des maisons d'accueil aux prisons, ont sombré dans l'alcoolisme, les drogues, et les hôpitaux psychiques, et ils ont connu des mariages soldés par des échecs." Certains, comme Kent Sänd se sont suicidés.

 

"Je ne comprends pas comment les adultes peuvent traiter des enfants aussi mal. J'ai entendu dans le rapport de la Télé que les gardiens n'ont pas voulu être interviewés parce qu'ils avaient honte. J'espère vraiment qu'ils ont honte, mais ils ne peuvent pas souffrir comme nous avons souffert, dit Kjell."

 

Le ministre des services sociaux, Morgan Johansson, a dit qu'il était "impatient de découvrir ce qui s'est vraiment passé pendant ces années. Je voudrais également que des mesures soient prises pour aider ceux qui sont traumatisés par les terribles souvenirs de cette période." Il a promis d'étudier les indemnisations faites par la Norvège comme aux personnes maltraitées du temps qu'elles étaient à la charge de l'état, mais Birger Hjelm a dit que l’important était de donner réparation aux victimes et que la compensation financière était "secondaire".

 

 

Maltraitances en 2000

Les représentants des services sociaux essaient de tromper tout le monde quand ils disent qu'il est ridicule de faire une comparaison entre les conditions de vie actuelle des enfants adoptifs et celles des années antérieures. Pourtant, en tant qu'avocate et présidente du CNDH, je reçois chaque jour des coups de téléphone, des lettres et des e-mails de personnes qui se plaignent actuellement des abus subis par leurs enfants ou par leurs frères et sœurs dans les maisons d'accueil et les institutions.

 

Le documentaire "Uppdrag granskning" (Mission : enquête) le 6 Décembre 2005 a publié maints témoignages d'abus faits sur dix jeunes gens - identifiés - qui avaient été recueillis par le foyer d'accueil "Ekbacken" à Kalmar entre les années 1980 et 2003. Ces dix jeunes gens, eux aussi, racontent le travail forcé et les abus - physiques et psychiques - ceux-ci ont été enlevés à leurs parents naturels, suite à la loi dite contre les fessées de 1979.

 

Voici les témoignages de trois d'entre eux, qui couvrent la période de1980 à 2003.

Patricia Nilsson était hébergée chez Ekbacken entre les années 1980 et1985. Elle avait huit ou neuf ans quand elle fut séparée de sa mère par les autorités sociales et placée sous la garde d'Eva et Helmut Wöllecke, propriétaires de la maison d'accueil Ekbacken. Patricia raconte plusieurs abus perpétrés sur elle par Helmut Wöllecke, pendant son séjour chez le couple. Elle décrit Ekbacken comme "un camp de travail" où elle recevait un seau d'eau glacée sur la tête si elle ne se levait pas à 7h. du matin pour s'occuper des animaux de la ferme. Patricia raconte aussi que son père d'accueil avait tué, cuisiné et servi au dîner le lapin qu'elle avait reçu comme cadeau de son frère.

 

Ronny Hanssonétait hébergé à Ekbacken entre les années 1981 et1985. Il avait entre 12 et 13 ans quand il a décidé de quitter la maison de sa mère et de son beau-père parce que celui-ci l'avait frappé. Il avait choisi cette solution parce qu'il savait qu'il était interdit de frapper les enfants en Suède. Peu après il a su que les conditions de vie qu'il avait chez lui étaient nettement supérieures à celles qu'il avait connus à Ekbacken. Là, il était obligé de s'occuper du fumier dans la ferme et, s'il refusait de travailler il recevait de l'eau glacée sur son corps, on lui interdisait de quitter les lieux et il était souvent séquestré dans une salle d'isolement. Ronny raconte aussi qu'après un tête-à-tête qu'il avait eu avec l'une des filles du foyer, il avait été obligé de se déshabiller et se mettre tout nu devant les autres résidents au foyer d'accueil.

 

Mysan Linder était, elle aussi, à Ekbacken entre les années 2000 et 2003. Indépendamment des autres, elle raconte des histoires semblables à leurs témoignages. Elle a même raconté qu'à l'occasion les gardiens et le personnel du foyer d'accueil avaient permis aux jeunes de boire de l'alcool : il fallait donc ne pas en parler aux autorités sociales.

 

 

Le système social suédois

La population suédoise est de 9 millions d'habitants. Dans cette perspective vous découvrez le rôle central de la bureaucratie sociale dans le bâtiment des sociaux-démocrats. Le professeur Jacob Sundberg a bien étudié le personnel des autorités sociales et leur éducation dans son livret "The Trip to Nowhere". Le prêtre Tom Hardt, lui aussi, a traité le sujet dans une communication, "Observations on the training of social workers", avec la Cour Européenne. Dans leur analyse ils ont montré qu'en 1950, il y avait en tout environ 2 200 assistants sociaux, toutes municipalités incluses. À la fin des années 70, le chiffre était de 13000. Aujourd'hui le chiffre est d'environ 30 000. Près de la moitié des assistants sociaux avaient été orientés sur les affaires sociales pendant leur formation à "l'Université sociale" (Socialhögskolan). Cette formation était suposée leur donner les connaissances psychologiques souhaitables. La formation des assistants sociaux était plutôt d'orientation marxiste, et visait une transformation de la population en une société socialiste. Leur tâche était d'intervenir dans les familles. Il fallait à tout prix séparer les enfants de leurs familles, que l'on décrivait comme ignorantes et dangereuses pour les enfants sur tous les plans. Dans un article publié dans le quotidien "Le Journal Suédois" (Svenska Dagbladet) le 5 Septembre 1993 deux ministres du gouvernement conservateur, à savoir la ministre de la Justice, Gun Hellsvik, et la ministre des Écoles, Beatrice Ask, ont accusé les sociaux-démocrats d'une "animosité surprenante envers la famille". Elles leur accusaient aussi d'empêcher les parents dans l'élévation de leurs enfants et de rendre très difficile le travail des enseignants.

 

Il faut aussi se rappeler que La Suède avait déjà en 1924 son institut pour la biologie de race à Uppsala, sous la direction du couple Alva et Gunnar Myrdal, ideologues en chef des sociaux-démocrates. L'Etat Providence avec ses allocations familiales était plutôt réservé aux familles "normales" qu'aux femmes célibataires ou aux personnes pauvres ou appartenant aux "races inférieures" qui produisaient beaucoup d'enfants. C'est dans ce contexte qu'il faut voir l'expansion des institutions pour les soins des enfants. Il y a en Suède aujourd'hui 8 500 maisons d'accueil et il y a environ 20 000 enfants et jeunes gens pris en charge par les pouvoirs publics, selon le Bureau national de la Santé (Socialstyrelsen). L'hébergement de 20 000 enfants dans les foyers d'accueil et les institutions coûte aux contribuables suédois neuf milliards de couronnes suédoises soit environ 957 446 808 Euros par an. Le prix moyen par enfant est d'environ un million couronnes par an. En 2002 le journal Smålands Tidningen a publié un cas où la Municipalité de Nybro avait placé un jeune handicapé mental dans un foyer d'accueil à Sävsjö pour un coût de financement journalier de 10 000 SEK, c-à-d 3 650 000 SEK ou 388 297 Euros par an. Pour un seul enfant ! Il faut noter que la société suédoise ne paierait jamais une fraction de cette somme à une mère pour la garde de son enfant handicapé.

                                       

La plupart des Municipalités suédoises croulent sous un budget déficitaire émanant du secteur social dont la plus grande partie est due à la prise en charge et l'hébergement des enfants dans les foyers d'accueil et les institutions.

 

Depuis sa fondation en 1996, Le CNDH lutte pour la protection des droits humains des enfants et de leurs parents et pour le droit à la vie privée et familiale garanties par La Convention Européenne des Droits des Hommes et les libértés fondamentales. Mme Siv Westerberg, avocate et physicienne, qui a remporté neuf affaires à la Commission Européenne et sept arrêts dans la Cour Européenne est une des fondatrices du CNDH.

 

 

Sweden to probe years of child abuse in children's homes

 

  Publications

   Retour

 

 

Realtime website traffic tracker, online visitor stats and hit counter