Quelle justice après Outreau ?

 

Les procès pour pédophilie d'Outreau ont révélé les nombreux dysfonctionnements du système judiciaire français. Alors que le juge Burgaud est entendu, mercredi, par la commission parlementaire chargée d'élucider les raisons du fiasco, Le Figaro se penche sur quelques étapes cruciales de la procédure.

 

 

La lourde responsabilité des experts

Par Stéphane Durand-Souffland

Les psychiatres et psychologues diligentés par les juges travaillent trop souvent dans l'urgence.

LES EXPERTS fournissent au juge qui les désigne des indices intéressants. Cependant, certains magistrats ont tendance à s'en servir comme alibis, utilisant leurs rapports pour valider une instruction à charge, ou à décharge.

Le Figaro 8 Février 2006

 

 

La garde à vue, passage obligé

Par Jean-Marc Leclerc

Les policiers défendent ce pivot du système inquisitoire français.
DES CLAQUES, des humiliations, des pressions psychologiques. le récit par les accusés d'Outreau de leur passage entre les mains de la police évoque des pratiques que l'on croyait révolues. Et c'est la garde à vue qui tremble sur ses bases. Mais pour une affaire qui dérape – et dans quelle proportion! –, «il ne faut pas mettre en péril l'équilibre entre le respect des droits fondamentaux de l'individu et la nécessaire protection de la société», prévient le secrétaire général du Syndicat des commissaires, Jean-Marie Salanova.

Le Figaro 8 Février 2006

 

 

 

Menotté pour l'interrogatoire de police

Par Delphine Chayet

Le passage au poste est une expérience éprouvante pour les justiciables.
«NOUS N'EN AVONS PAS POUR LONGTEMPS», avait promis l'officier de police au téléphone, ce matin-là. Trente heures plus tard, Isabelle, 40 ans, agent d'artistes et mère de famille aisée, était toujours enfermée dans une cellule vitrée du poste de police où elle avait été convoquée la veille par un simple coup de fil. «Il m'a fallu vivre cette expérience éprouvante pour prendre conscience de ce qui se trame dans un commissariat lorsque des policiers ont décidé de vous rabaisser», dit aujourd'hui la jeune femme, deux semaines après son placement en garde à vue dans une affaire d'escroquerie, faux et usage de faux.

Le Figaro 8 Février 2006

 

 

Le corporatisme des magistrats montré du doigt

Par Stéphane Durand-Souffland

Il est reproché à la profession de réagir comme un seul homme pour protéger l'un des siens pris sous le feu de la critique.
FABRICE BURGAUD, même flanqué de deux excellents avocats, se sentira sans doute un peu seul, aujourd'hui, face à la commission d'enquête parlementaire. Les soutiens ne lui avaient pourtant pas fait défaut en 2004, lors du procès de Saint-Omer. De l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) au sommet de la hiérarchie judiciaire, en passant par les organisations syndicales, la magistrature avait réagi comme un seul homme pour défendre l'un des siens. Mais, face à l'accumulation de révélations sur ses méthodes, le corporatisme arrogant a dû en rabattre.

Le Figaro 8 Février 2006

 

 

La semaine marathon d'un juge d'instruction

Par Stéphane Durand-Souffland

L'emploi du temps est serré et le nombre de dossiers à traiter simultanément peut dépasser la centaine.

LE CABINET d'un juge d'instruction: de 80 à 160 dossiers ouverts, de procédures à nourrir sous peine d'annulations pour non-respect des délais. Le temps des magistrats et de leurs indispensables greffiers est, de plus en plus, rongé par les «ordonnances juridictionnelles», réponses à des demandes d'acte devant être rédigées sous un mois. «Au moins dix par semaine, hors contentieux de la détention provisoire», confirme un juge parisien. Au total, il signe «au minimum cinquante documents par jour, soit environ 10000 par an». Les juges se déplacent en outre dans le cadre de perquisitions et, éventuellement, de commissions rogatoires internationales. Ils siègent régulièrement dans des chambres correctionnelles, sont désignés comme assesseurs en cour d'assises... Voici à quoi ressemble la semaine d'un juge d'instruction.
Le Figaro 8 Février 2006

 

Me Le Borgne : «On ne fait pas confiance à l'analyse de l'avocat»

Propos recueillis par S. D.-S.

Jean-Yves Le Borgne, président de l'Association des avocats pénalistes, déplore le traitement réservé à ses confrères par l'institution judiciaire.
LE FIGARO. – L'avocat est, officiellement, un «auxiliaire de justice». Est-il traité comme tel dans les faits ?
Le Figaro 8 Février 2006

 

 

 

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