Les grands
perdants des deux procès d'Outreau
Par J. VILACEQUE
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Cet article a d'abord été édité dans Midi Libre
et midilibre.com le 2 Décembre 2005 sous l'URL : http://www.midilibre.com/actuv2/article.php?num=1133467981 Malheureusement,
l'article n'apparaît plus sur le site du journal. |
Six acquittements, les larmes, les rires, les bravos, les embrassades... Rien, bien sûr, après le réquisitoire-mea culpa de la veille, qui n'ait été attendu sous les augustes boiseries de la cour d'assises de Paris. Mais tout de même : quel final inouï pour une affaire qui ne l'est pas moins ! Outreau … Longtemps, aussi longtemps que celui de Dreyfus peut-être, la justice va traîner le nom de cette grise bourgade du Pas-de-Calais, si loin des plantureuses hermines de la haute magistrature. Longtemps, on disséquera l'enchaînement des aveuglements et des fautes, ce que l'avocat général a appelé « ce mille-feuilles de petites erreurs », qui ont conduit à l'erreur judiciaire de l'après-guerre. Première revue de détails.
Le juge d'instruction.- Il est la première cible bien sûr. Fabrice Burgaud, lors de sa déposition
au premier procès, a ajouté tant d'arrogance à tant de malhonnêteté
intellectuelle, que la faute première lui incombe. Des confrontations refusées
aux intimidations, il a cumulé toutes les tares du grand solitaire qu'est
toujours un juge.
La hiérarchie judiciaire.- Mais justement : comment avoir laissé seul un
magistrat dont c'était le premier poste face à un dossier qui devenait un peu
plus monstrueux chaque jour ? Le juge des libertés, la chambre de l'instruction
- saisie, à titre d'exemple, de 112 demandes de mise en liberté par le seul
abbé Wiel - ont semblé somnoler tout au long de l'instruction, n'ouvrant un œil
que pour entériner le travail du juge.
Le parquet.- L'accusation a ajouté l'incohérence au manque de vigilance.
Car si elle a bien demandé deux non-lieu lors de l'instruction - sans que le
juge Burgaud ne bronche -, son représentant à Saint-Omer s'est toujours déclaré
hostile à la remise en liberté des accusés. Y compris ceux pour lesquels il
avait demandé l'abandon des poursuites ! Enfin, son réquisitoire avec sa
demande de six condamnations - suivie, et au delà, par les jurés du
Pas-de-Calais - donnait la terrible impressionque la Justice voulait sauver la
face même au prix de la liberté de quelques innocents.
Les experts.- Psychiatres, psychologues, tous furent, au mieux
ridicules, au pire odieux. Leur travail d'expertise sur les accusés, leur
validation des pires monstruosités assénées par les enfants, ont largement
conforté le juge Burgaud dans son jusqu'au-boutisme accusatoire. Or, pour un
expert qui est venu à Paris battre sa coulpe à la barre, on gardera encore
longtemps dans l'oreille la "justification" de cet autre : « Tant
que la Justice paiera les experts comme des femmes de ménage, elle aura des
expertises de femme de ménage ». Les accusés, ceux de Saint-Omer comme ceux
de Paris, ont cumulé plus de 25 ans de prison préventive sur la foi de ce
travail de femme de ménage.
Pourtant il y a au moins un motif de satisfaction dans ce désastre : l'appel
désormais possible sur des verdicts de cours d'assises. Imagine-t-on le
calvaire de ces gens il y a dix ans encore ? Quant au reste, à l'exceptionnel
mea culpa de la justice, à l'humilité du garde des Sceaux, aux 100 000 €
octroyés à chacun, en attendant beaucoup plus, c'est bien le moins que la
communauté nationale pouvait faire.
Le Procès
d'Outreau - Dénouement
Une série d'articles dans La Voix du nord et lavoixdunord.fr
Le procès des pédophiles d'Outreau - II
Une série d'articles publiée dans La Libération, le 20 mai 2004
Le procès des pédophiles d'Outreau
Une série d'articles publiée dans Le Monde
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