Sévices d'enfants dans les foyers d'accueil du pays de
Galles.
Comment
était-il possible?
Ruby
Harrold-Claesson, Avocate
Les
révélations accablantes sur les abus physiques, mentales et sexuels commis de
1974 à 1993 sur 650 enfants placés dans une quarantaine d'institutions du pays
de Galles se succédant au Royaume-Uni depuis la publication en mi-février du
"Waterhouse rapport - Lost in care". S'appuyant sur les confidences
d'un policier anonyme de Scotland Yard, le Daily Mail révélait vendredi sur
toute sa première page - "Jusqu'à 11000 enfants pourraient avoir été
victime". Il s'agit du plus grand scandale de mauvais traitements et
pédophilie, sur une période de vingt ans, jamais mis au jour en
Grande-Bretagne. Sans garantir le nombre avancé, Scotland Yard a confirmé les
craintes du journal.
L'enquête
a été ouverte, il y a quelque mois, après l'arrestation du dirigeant d'un foyer
privé pour jeunes garçons à Lambeth, dans te sud de Londres. L'homme, dont
l'identité n'a pas été révélée et qui a été condamné à dix ans de prison pour
avoir abusé d'une douzaine d'adolescents, est fortement soupçonné d'être au
cœur d'un réseau pédophile qui s'étendrait sur l'ensemble de L'Angleterre et du
pays de Galles. Conduite par le supérintendant de Scotland Yard, Richard
Gargini, l'investigation aurait déjà révélé que des policiers, des édiles
locaux, le fils d'un lord et même un prêtre, seraient gravement compromis.
L'opinion publique, déjà sérieusement remontée contre un système de protection
sociale des plus faibles qui accumule les erreurs et les insuffisances, en est
considérablement ébranlée. Soixante mille enfants et adolescents difficiles ou
de milieux très défavorisés sont placés dans des foyers publics et privés en
Angleterre et au pays de Galles. Conduite par Sir Ronald Waterhouse, magistrat
de la Couronne, l'enquête de trois ans, dans cette dernière région, a coûté 135
millions de francs au contribuable et donné lieu à la publication d'un rapport
d'un demi-million de mots, parmi lesquels ceux prononcés au cours de 203 jours
d'audiences publiques, par plus de 500 témoins.
CONSPIRATION
DU SILENCE
L'une
des révélations les plus lourdes de conséquence concerne l'extraordinaire
conspiration du silence qui a entouré toutes ces pratiques de mauvais
traitements et pédophiles pendant deux décennies. Steve Messham, qui fut un
enfant abusé et qui préside aujourd'hui l'association des victimes, a notamment
rappelé qu'il avait lui-même déposé une plainte auprès de la police galloise en
1978. Sans résultat.
Alison
Taylor, qui travailla dans l'un des foyers publics incriminés, fut la première
adulte à donner l'alerte en 1986. Elle écrivit au conseil municipal, à son
député et même à Margaret Thatcher. Les autorités l'avaient considérée comme
"une subversive", l'avaient ignorée et elle fut congédiée de son
emploi.
Vouée à
la justice elle continua ses efforts pour mettre fin aux abus auxquelles
étaient soumis les enfants dépourvus de leurs propres parents. Pendant les années
suivantes Alison Taylor a réussi à traduire quelques-uns des
"gardiens" criminels en justice, et condamnés à des peines de prison.
Le
tribunal a été nommé en 1996 par William Hague, qui était alors secrétaire de
Galles. Après la municipalité de Clwyd a décidé de ne pas publier le rapport
fait par les services sociaux dans l'abus des enfants dans les soins publics. Le
conseil a craint qu'il soit poursuivi pour la diffamation; il a été également
mis en garde contre la publication par ses assureurs en raison de l'effet
possible des réclamations de compensation.
Chronologie
1975-90:
Huit hommes et une femme travaillant pour des autorités locales au nord du Pays
de Galles sont condamnés des offenses sexuelles contre des enfants dans leur
soin. Il y a 16 investigations sur l'abus allégué.
1986:
Alison Taylor porte plainte à un conseiller local au sujet de l'abus physique
dans une maison à Gwynedd. Elle est suspendue en tant que subversive, puis
congédiée.
1986-88:
La police du nord du Pays de Galles étudie des plaintes de Mme Taylor mais
aucune mesure n'est prise.
1988:
Mme Taylor continue à soumettre des plaintes. Une inspection gouvernementale
des foyers d'accueil de Gwynedd ne trouve rien de mal.
1990:
Un garçon de14 ans à Clwyd fait des allégations de contre Steven Norris, le
chef de l'institution. Norris est condamné à une peine de prison de 3 1/2 ans.
1991:
Mme Taylor produit de nouveau un dossier d'allégations. La police du nord du
Pays de Galles l'étudie. Quatre hommes sont condamnés des offenses.
1996:
Le conseil de Clwyd refuse d'éditer le rapport sur le sujet de l'abus des
enfants dans les soins publics en raison de litiges potentiels. William Hague,
secrétaire de Galles, nomme un tribunal.
1997-98:
Le tribunal entend l'évidence de 264 témoins et étudie12 000 documents.